—Pour me faire plaisir d'abord, et ensuite parce que je ne puis pas arriver à la jouer seule.

—Qu'est-ce qui vous embarrasse donc?

—La troisième partie, le passage en dièse.

Gaston se leva, se mit au piano et commença cette merveilleuse mélodie de Weber, dont la musique était ouverte sur le pupitre.

Marguerite, une main appuyée sur le piano, regardait le cahier, suivait des yeux chaque note qu'elle accompagnait tout bas de la voix, et, quand Gaston en arriva au passage qu'elle lui avait indiqué, elle chantonna en faisant aller ses doigts sur le dos du piano:

—Ré, mi, ré, do, ré, fa, mi, ré, voilà ce que je ne puis faire. Recommencez.

Gaston recommença, après quoi Marguerite lui dit:

—Maintenant laissez-moi essayer.

Elle prit sa place et joua à son tour; mais ses doigts rebelles se trompaient toujours sur l'une des notes que nous venons de dire.

—Est-ce incroyable, dit-elle avec une véritable intonation d'enfant, que je ne puisse pas arriver à jouer ce passage! Croiriez-vous que je reste quelquefois jusqu'à deux heures du matin dessus! Et quand je pense que cet imbécile de comte le joue sans musique et admirablement, c'est cela qui me rend furieuse contre lui, je crois.