Dix fois Nodier renouvela la même épreuve, dix fois le sable sécha et le taratantaleo mourut, dix fois le sable fut humecté et dix fois le taratantaleo ressuscita.

Ce n'était pas un éphémère que Nodier avait découvert, c'était un immortel, selon toute probabilité, son taratantaleo avait vu le Déluge et devait assister au Jugement dernier.

Malheureusement, un jour que Nodier, pour la vingtième fois peut-être, s'apprêtait à renouveler son expérience, un coup de vent emporta le sable séché, et, avec le sable, le cadavre du phénoménal taratantaleo.

Nodier reprit bien des pincées de sable mouillé sur sa gouttière et ailleurs, mais ce fut inutilement, jamais il ne retrouva l'équivalent de ce qu'il avait perdu: le taratantaleo était le seul de son espèce, et, perdu pour tous les hommes, il ne vivait plus que dans les souvenirs de Nodier.

Mais aussi là vivait-il de manière à ne jamais s'en effacer.

Nous avons parlé des défauts de Nodier; son défaut dominant, aux yeux de madame Nodier du moins, c'était sa bibliomanie; ce défaut, qui faisait le bonheur de Nodier, faisait le désespoir de sa femme.

C'est que tout l'argent que Nodier gagnait passait en livres.

Combien de fois Nodier, sorti pour aller chercher deux ou trois cents francs absolument nécessaires à la maison, rentra-t-il avec un volume rare, avec un exemplaire unique!

L'argent était resté chez Techener ou Guillemot.

Madame Nodier voulait gronder; mais Nodier tirait son volume de sa poche, il l'ouvrait, le fermait, le caressait, montrait à sa femme une faute d'impression qui faisait l'authenticité du livre, et cela tout en disant: