Puis, prenant la peau de tigre:
—Voyons, dit-elle, que faisons-nous de cela? Mais aidez-moi donc, citoyen peintre, je n'ai pas l'habitude de m'habiller seule.
La naïve danseuse appelait cela s'habiller.
Hoffmann approcha chancelant, ivre, ébloui, prit la peau de tigre, agrafa ses ongles d'or sur l'épaule de la bacchante, la fit asseoir ou plutôt coucher sur le lit de cachemire rouge, où elle eût semblé une statue de marbre de Paros si sa respiration n'eût soulevé son sein, si le sourire n'eût entrouvert ses lèvres.
—Suis-je bien ainsi? demanda-t-elle en arrondissant son bras au-dessous de sa tête et en prenant une grappe de raisins qu'elle parut presser sur ses lèvres.
—Oh! oui, belle, belle, belle! murmura Hoffmann.
Et l'amant l'emportant sur le peintre il tomba à genoux, et, d'un mouvement rapide comme la pensée, il prit la main d'Arsène et la couvrit de baisers.
Arsène retira sa main avec plus d'étonnement que de colère.
—Eh bien! que faites-vous donc? demanda-t-elle au jeune homme.
Au même instant, avant qu'il eût eu le temps de se reconnaître, Hoffmann, poussé par les deux femmes, se trouva lancé hors du boudoir, dont la porte se referma derrière lui, et cette fois, véritablement fou d'amour, de rage et de jalousie, il traversa le salon tout chancelant, glissa le long de la rampe plutôt qu'il ne descendit l'escalier, et, sans savoir comment il était arrivé là, il se trouva dans la rue, ayant laissé dans le boudoir d'Arsène ses pinceaux, sa boîte à couleurs et sa palette, ce qui n'était rien, mais aussi son chapeau, ce qui pouvait être beaucoup.