Firmin me conduisit chez M. Picard. M. Picard me reçut dans une bibliothèque garnie de toutes les éditions de ses œuvres et ornée de son buste. Il prit mon manuscrit, me donna rendez-vous à huit jours, et nous congédia.
Au bout de huit jours, heure pour heure, je me présentai à la porte de M. Picard. M. Picard m'attendait évidemment; il me reçut avec le sourire de Rigobert dans Maison à vendre.
—Monsieur, me dit-il en me tendant mon manuscrit proprement roulé, avez-vous quelque moyen d'existence? Le début n'était pas encourageant.
—Oui, monsieur, répondis-je; j'ai une petite place chez monsieur le duc d'Orléans.
—Eh bien! mon enfant, fit-il en me mettant affectueusement mon rouleau entre les deux mains et en me prenant les mains du même coup, allez à votre bureau.
Et, enchanté d'avoir fait un mot, il se frotta les mains en m'indiquant du geste que l'audience était terminée.
Je n'en devais pas moins un remerciement à Nodier. Je me présentai à l'Arsenal. Nodier me reçut, comme il recevait, avec un sourire aussi.... Mais il y a sourire et sourire, comme dit Molière.
Peut-être oublierai-je un jour le sourire de Picard, mais je n'oublierai jamais celui de Nodier.
Je voulus prouver à Nodier que je n'étais pas tout à fait aussi indigne de sa protection qu'il eût pu le croire d'après la réponse que Picard m'avait faite. Je lui laissai mon manuscrit. Le lendemain, je reçus une lettre charmante, qui me rendait tout mon courage, et qui m'invitait aux soirées de l'Arsenal.
Ces soirées de l'Arsenal, c'était quelque chose de charmant, quelque chose qu'aucune plume ne rendra jamais.