Alors le médecin étendit le bras, pressa le petit ressort en diamant qui servait d'agrafe au collier de velours, et tira le velours à lui.

Hoffmann poussa un cri terrible. Cessant d'être maintenue par le seul lien qui la rattachait aux épaules, la tête de la suppliciée roula du lit à terre, et ne s'arrêta qu'au soulier d'Hoffmann, comme le tison ne s'était arrêté qu'au pied d'Arsène.

Le jeune homme fit un bond en arrière, et se précipita par les escaliers en hurlant:

—Je suis fou!

L'exclamation d'Hoffmann n'avait rien d'exagéré: cette faible cloison qui, chez le poète exerçant outre mesure ses facultés cérébrales, cette faible cloison, disons-nous, qui, séparant l'imagination de la folie, semble parfois prête à se rompre, craquait dans sa tête avec le bruit d'une muraille qui se lézarde.

Mais, à cette époque, on ne courait pas longtemps dans les rues de Paris sans dire pourquoi l'on courait; les Parisiens étaient devenus très curieux en l'an de grâce 1793; et, toutes les fois qu'un homme passait en courant, on arrêtait cet homme pour savoir après qui il courait ou qui courait après lui. On arrêta donc Hoffmann en face de l'église de l'Assomption, dont on avait fait un corps de garde, et on le conduisit devant le chef du poste.

Là, Hoffmann comprit le danger réel qu'il courait: les uns le tenaient pour un aristocrate prenant sa course afin de gagner plus vite la frontière; les autres criaient: À l'agent de Pitt et Cobourg! Quelques-uns criaient: À la lanterne! ce qui n'était pas gai; d'autres criaient: Au tribunal révolutionnaire! ce qui était moins gai encore. On revenait quelquefois de la lanterne, témoin l'abbé Maury; du tribunal révolutionnaire, jamais.

Alors Hoffmann essaya d'expliquer ce qui lui était arrivé depuis la veille au soir. Il raconta le jeu, le gain. Comment, de l'or plein ses poches, il avait couru rue de Hanovre; comment la femme qu'il cherchait n'y était plus; comment, sous l'empire de la passion qui le brûlait, il avait couru les rues de Paris; comment, en passant sur la place de la Révolution, il avait trouvé cette femme assise au pied de la guillotine; comment elle l'avait conduit dans un hôtel de la rue Saint-Honoré, et comment là, après une nuit pendant laquelle tous les enivrements s'étaient succédé, il avait trouvé non seulement reposant entre ses bras une femme morte, mais encore une femme décapitée.

Tout cela était bien improbable; aussi le récit d'Hoffmann obtint-il peu de croyance: les plus fanatiques de vérité crièrent au mensonge, les plus modérés crièrent à la folie.

Sur ces entrefaites, un des assistants ouvrit cet avis lumineux: