Un archet, comme la batte d'Arlequin, était passé dans sa ceinture, ou plutôt maintenu par le gousset boutonné de sa culotte, une plume se dressait fièrement derrière son oreille, et ses doigts étaient tachés d'encre.
De ces doigts tachés d'encre il prit la lettre que lui présentait Hoffmann, puis, jetant un coup d'œil sur l'adresse, et reconnaissant l'écriture:
—Ah! Zacharias Werner, dit-il, poète, poète celui-là, mais joueur. Puis, comme si la qualité corrigeait un peu le défaut, il ajouta: Joueur, joueur, mais poète.
Puis, décachetant la lettre:
—Parti, n'est-ce pas? parti!
—Il part, monsieur, en ce moment même.
—Dieu le conduise! ajouta Gottlieb en levant les yeux au ciel comme pour recommander son ami à Dieu. Mais il a bien fait de partir. Les voyages forment la jeunesse, et, si je n'avais pas voyagé, je ne connaîtrais pas, moi, l'immortel Pasiello, le divin Cimarosa.
—Mais, dit Hoffmann, vous n'en connaîtriez pas moins bien leurs œuvres, maître Gottlieb.
—Oui, leurs œuvres, certainement: mais qu'est-ce que connaître l'œuvre sans l'artiste? C'est connaître l'âme sans le corps; l'œuvre, c'est le spectre, c'est l'apparition; l'œuvre, c'est ce qui reste de nous après notre mort. Mais le corps, voyez-vous, c'est ce qui a vécu: vous ne comprendrez jamais entièrement l'œuvre d'un homme si vous n'avez pas connu l'homme lui-même.
Hoffmann fit un signe de la tête.