Une partie du terrain sur lequel s'étend cette lourde bâtisse s'appelait, avant le creusement des fossés de la ville, le Champ-au-Plâtre. Paris, un jour qu'il se préparait à la guerre, acheta le champ et fit construire des granges pour y placer son artillerie.
Vers 1533, François Ier s'aperçut qu'il manquait de canons et eut l'idée d'en faire fondre. Il emprunta donc une de ces granges à sa bonne ville, avec promesse bien entendu de la rendre dès que la fonte serait achevée; puis, sous prétexte d'accélérer le travail, il en emprunta une seconde, puis une troisième, toujours avec la même promesse; puis, en vertu du proverbe qui dit que ce qui est bon à prendre est bon à garder il garda sans façon les trois granges empruntées.
Vingt ans après, le feu prit à une vingtaine de milliers de poudre qui s'y trouvaient enfermés. L'explosion fut terrible; Paris trembla comme tremble Catane les jours où Encelade se remue. Des pierres furent lancées jusqu'au bout du faubourg Saint-Marceau; les roulements de ce terrible tonnerre allèrent ébranler Melun. Les maisons du voisinage oscillèrent un instant, comme si elles étaient ivres, puis s'affaissèrent sur elles-mêmes. Les poissons périrent dans la rivière, tués par cette commotion inattendue; enfin, trente personnes, enlevées par l'ouragan de flammes, retombèrent en lambeaux: cent cinquante furent blessées. D'où venait ce sinistre? Quelle était la cause de ce malheur? On l'ignora toujours: et, en vertu de cette ignorance, on l'attribua aux protestants.
Charles IX fit reconstruire sur un plus vaste plan les bâtiments détruits. C'était un bâtisseur que Charles IX: il faisait sculpter le Louvre, tailler la fontaine des Innocents par Jean Goujon, qui y fut tué, comme chacun sait, par une balle perdue. Il eût certainement mis fin à tout, le grand artiste et le grand poète, si Dieu, qui avait certains comptes à lui demander à propos du 24 août 1572, ne l'eût rappelé.
Ses successeurs reprirent les constructions où il les avait laissées, et les continuèrent. Henri III fit sculpter, en 1584, la porte qui fait face au quai des Célestins: elle était accompagnée de colonnes en forme de canons et sur la table de marbre qui la surmontait, on lisait ce distique de Nicolas Bourbon, que Santeuil demandait à acheter au prix de la potence:
Aetna hic Henrico vulcania tela minestrat.
Tela giganteos debellatura furores.
Ce qui veut dire en français:
«L'Etna prépare ici les traits avec lesquels Henri doit foudroyer la fureur des géants.»
Et, en effet, après avoir foudroyé les géants de la Ligue, Henri planta ce beau jardin qu'on y voit sur les cartes du temps de Louis XIII, tandis que Sully y établissait son ministère et faisait peindre et dorer les beaux salons qui font encore aujourd'hui la bibliothèque de l'Arsenal.
En 1823, Charles Nodier fut appelé à la direction de cette bibliothèque, et quitta la rue de Choiseul, où il demeurait, pour s'établir dans son nouveau logement.