—Je l'ai connu, ajouta Dominique Cirillo; c'était un brave et loyal jeune homme, mon cadet de quelques années; il est retourné dans sa province vers 1771, à l'époque où je venais d'être nommé professeur; au bout de quelque temps, nous avons entendu dire qu'à la suite d'une querelle avec le seigneur de son pays, querelle dans laquelle il y avait eu du sang répandu, il avait été forcé de s'exiler.
—Soyez béni et honoré, dit Salvato en s'inclinant, vous qui avez connu mon père et qui lui rendez justice devant son fils.
—Continuez, continuez! dit Cirillo; nous vous écoutons.
—Continuez! reprirent après lui, et d'une seule voix, les autres conjurés.
—Donc, vers l'année 1771, comme vous l'avez dit, Giuseppe Palmieri quitta Naples, emportant le diplôme de docteur, et jouissant d'une réputation d'habileté que plusieurs cures fort difficiles, accomplies heureusement par lui, ne permettaient pas de mettre en doute.
»Il aimait une jeune fille de Larino, nommée Luisa-Angiolina Ferri. Fiancés avant leur séparation, les deux amants s'étaient fidèlement gardé leur foi pendant les trois années d'absence; leur mariage devait être la principale fête du retour.
»Mais, en l'absence de mon père, un événement qui avait la gravité d'un malheur était arrivé: le comte de Molise était devenu amoureux d'Angiolina Ferri.
»Vous savez mieux que moi, vous qui habitez le pays, ce que sont nos barons provinciaux et les droits qu'ils prétendent tenir de leur puissance féodale; un de ces droits était d'accorder ou de refuser, selon leur bon plaisir, à leurs vassaux, la permission de se marier.
»Mais ni Joseph Palmieri ni Angiolina Ferri n'étaient les vassaux du comte de Molise. Tous deux étaient nés libres et ne relevaient que d'eux-mêmes; il y avait plus: mon père, par la fortune, était presque son égal.
»Le comte avait tout employé, menaces et promesses, pour obtenir un regard d'Angiolina; tout s'était brisé contre une chasteté dont le nom de la jeune fille semblait être le symbole.