Une porte placée en face de celle qui avait donné entrée à nos trois personnages s'ouvrait sur une file de chambres régnant dans toute la longueur de la maison; la dernière de ces chambres attenait non-seulement à la maison voisine, mais encore avait une communication avec elle.

Ce fait avait sans doute, aux yeux de la jeune femme, une certaine importance, car elle le fit remarquer à Michel en lui disant:

—Dans le cas où mon mari rentrerait, Nida viendrait nous prévenir, et vous sortiriez par la maison de la duchesse Fusco.

—Oui, madame, répondit Michel en s'inclinant avec respect.

En entendant ces dernières paroles, la sorcière, qui était en train de dépouiller son manteau, se retourna, et, avec un accent qui n'était pas exempt d'une certaine amertume:

—Depuis quand les frères d'un même lait ne se tutoient-ils plus? demanda-t-elle. Ceux qui ont été pendus à la même mamelle ne sont-ils pas aussi proches parents que ceux qui ont été portés dans le même sein? Tutoyez-vous, enfants, continua-t-elle avec douceur; cela fait plaisir à Dieu, de voir ses créatures s'aimer, malgré la distance qui les sépare.

Michel et la jeune femme se regardèrent avec étonnement.

—Quand je te dis qu'elle est véritablement sorcière, petite soeur! s'écria Michel, et c'est ce qui me fait trembler.

—Et pourquoi cela te fait-il trembler, Michel? demanda la jeune femme.

—Sais-tu ce qu'elle m'a prédit, à moi, pas plus tard que ce soir avant de venir?