Salvato s'était contenté de répondre à Championnet qu'ayant été transporté tout jeune en France, et ayant achevé son éducation en Angleterre et en Allemagne, il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'il parlât l'allemand, l'anglais et le français comme sa langue maternelle.
Championnet, comprenant de quelle utilité pouvait lui être un jeune homme à la fois si brave et si instruit, l'avait, comme nous l'avons dit, gardé seul de toute sa maison militaire et ramené à Paris.
Lors du départ de Bonaparte pour l'Égypte, quoiqu'on ne connût pas le but de l'expédition, Championnet avait demandé à suivre la fortune du vainqueur d'Arcole et de Rivoli; mais Barras, auquel il s'était adressé, lui avait mis la main sur l'épaule en lui disant:
—Reste avec nous, citoyen général; nous aurons besoin de toi sur le continent.
Et, en effet, Bonaparte parti, Joubert le remplaçant dans le commandement de l'armée d'Italie, celui-ci demanda qu'on lui adjoignit Championnet pour commander l'armée de Rome, destinée à surveiller et, au besoin, à menacer Naples.
Et, cette fois, Barras, qui lui portait un intérêt tout particulier, lui avait dit, en lui remettant ses instructions:
—Si la guerre éclate de nouveau, tu seras le premier des généraux républicains chargé de détrôner un roi.
—Les intentions du Directoire seront remplies, répondit Championnet avec une simplicité digne d'un Spartiate.
Et, chose étrange, la promesse devait se réaliser.
Championnet partit pour l'Italie avec Salvato; il parlait déjà l'italien avec facilité, la pratique seule de la langue lui manquait; mais, à partir de ce moment, il ne parla plus qu'italien avec Salvato, et même, dans la prévoyance de ce qui pouvait arriver, il s'exerça avec lui au patois napolitain, qu'en s'amusant Salvato avait appris de son père.