Elle était debout, essuyant avec son mouchoir la sueur de son front.

Luisa comprit que les paroles avaient été dites pour elle. Les forces lui manquèrent; elle retomba sur sa chaise les mains jointes.

Cirillo fit signe que lui aussi comprenait et la rassura d'un coup d'oeil.

—Maintenant, dit-il, mon cher chevalier, je suis enchanté que tout cela se soit passé in partibus, c'est-à-dire sans que vous ni madame ayez rien vu ni entendu. Mais, comme madame n'en est pas moins un peu souffrante, vous allez me permettre de l'interroger, n'est-ce pas, et de lui laisser une petite ordonnance? Puis, comme les médecins font toujours des questions fort indiscrètes; comme les dames ont toujours, à l'endroit de leur santé, certains secrets ou plutôt certaines pudeurs qui ont besoin du tête-à-tête pour s'épancher, vous allez me permettre d'emmener madame dans sa chambre et de l'y interroger tout à mon aise.

—Inutile, cher docteur; voici dix heures qui sonnent. Je suis en retard de vingt minutes. Restez avec Luisa; confessez-la à blanc. Moi, je vais à ma bibliothèque... A propos, vous savez ce qui s'est passé, cette nuit, à l'hôtel de l'ambassadeur d'Angleterre?

—Oui, à peu près du moins.

—Eh bien, cela doit avoir amené de grandes choses; je suis sûr que le prince descendra aujourd'hui plus tôt que de coutume, et que déjà même peut-être il m'attend. Vous m'avez donné des nouvelles ce matin; eh bien, moi, peut-être pourrai-je vous en donner ce soir, si vous repassez par ici... Mais que je suis naïf! on ne repasse point par ici, on y vient quand on s'y perd... Mergellina est le pôle nord de Naples, et je suis au milieu des banquises.

Puis, embrassant sa femme au front:

—Au revoir, mon enfant chéri, lui dit-il. Conte bien toutes tes petites histoires au docteur; songe que ta santé est ma joie, et que ta vie est ma vie. Au revoir, cher docteur.

Puis, jetant les yeux sur la pendule: