—Je ris parce que j'ai envie de rire, répondit le jeune homme, et je hausse les épaules parce que cela me plaît de les hausser. Vous avez bien le droit de dire des bêtises, vous; j'ai bien, moi, le droit de rire de ce que vous dites.
—Pour que tu saches que nous disons des bêtises, il faut que tu sois mieux instruit que nous.
—Il n'est pas difficile d'être mieux instruit que toi, Pagliucchella; il ne faut que savoir lire.
—Si je n'ai point appris à lire, répondit celui à qui Michele reprochait son ignorance,—car le railleur était notre ami Michele,—c'est l'occasion qui m'a manqué. Tu l'as eue, toi, parce que tu as une soeur de lait riche et qui est la femme d'un savant; mais il ne faut pas pour cela mépriser les camarades.
—Je ne te méprise point, Pagliucchella, tant s'en faut! car tu es un bon et brave garçon, et, si j'avais quelque chose à dire, au contraire, c'est à toi que je le dirais.
Et peut-être Michele allait donner à Pagliucchella une preuve de la confiance qu'il avait en lui, en le tirant hors de la foule et en lui faisant part de quelques-uns des détails qui étaient à sa connaissance, lorsqu'il sentit une main qui s'appuyait sur son épaule et qui pesait lourdement.
Il se retourna et tressaillit.
—Si tu avais quelque chose à dire, c'est à lui que tu le dirais, fit au jeune railleur celui qui lui mettait la main sur l'épaule; mais, crois-moi, si tu sais quelque chose sur toute cette aventure, ce dont je doute, et que tu dises ce quelque chose à qui que ce soit, c'est alors que tu mériteras véritablement d'être appelé Michel le Fou.
—Pasquale de Simone! murmura Michel.
—Il vaut mieux, crois-moi, continua le sbire, et c'est plus sûr pour toi, aller rejoindre à l'église de la Madone-del-Carmine,—où elle accomplit un voeu, Assunta, que tu n'as pas trouvée chez elle ce matin, absence qui te met de mauvaise humeur,—que de rester ici pour dire ce que tu n'as pas vu, et ce qu'il serait malheureux pour toi d'avoir vu.