Au reste, frère Pacifique ne laissa point longtemps Basso-Tomeo dans les transes du doute; il prit son cordon, l'étendit sur le thon et prononça les paroles sacramentelles:
—Au nom de saint François!
C'était ce que prévoyait don Clemente; il éclata de rire.
Il était évident qu'il allait assister au combat de deux des plus puissants mobiles des actions humaines: la superstition et l'intérêt.
Basso-Tomeo, qui croyait fermement tenir sa pêche de saint François, défendrait-il le plus beau morceau de cette pêche contre saint François lui-même, ou, ce qui était exactement la même chose, contre son représentant?
D'après ce qui allait se passer, don Clemente apprécierait dans la lutte que Naples allait avoir à soutenir pour la conquête de ses droits, quel fond les patriotes pouvaient faire sur le peuple, et si ce peuple, pour lequel ils se dévoueraient au moment du renversement des préjugés, combattrait en faveur de ces préjugés, ou contre eux.
L'épreuve ne fut pas heureuse pour le philosophe.
Après un combat intérieur qui ne dura au reste que quelques secondes, l'intérêt fut vaincu par la superstition, et le vieux pêcheur, qui avait paru disposé un instant à défendre sa propriété en cherchant des yeux si ses trois fils étaient de retour avec les paniers qu'ils étaient allés prendre, fit un pas en arrière, et, démasquant l'objet en litige, dit humblement:
—Saint François me l'avait donné, saint François me le reprend. Vive saint François! Ce poisson est à vous, mon père.
—Ah! l'imbécile! ne put s'empêcher de s'écrier don Clemente.