Le dimanche suivant, la publication des bancs qui, comme on sait, se renouvelle trois fois, fut répétée par le prêtre. Au même endroit que le dimanche précédent, Michele Pezza s'approcha de Peppino, et, de la même voix menaçante et calme tout ensemble, il lui dit:
—Tu as encore dix jours à vivre.
Le dimanche suivant, même publication, même menace; seulement, comme huit jours s'étaient écoulés, ce n'étaient plus que deux jours d'existence qui étaient accordés par Pezza à Peppino.
Ce 23 septembre tant craint et tant désiré tout à la fois arriva: c'était un mercredi. Après une nuit d'orage, le jour, comme nous l'avons dit dans un de nos précédents chapitres, s'était levé magnifique, et, le mariage devant avoir lieu à onze heures du matin, les conviés, amis de don Antonio, amis et amies de Peppino et de Francesca, s'étaient réunis à la maison de la fiancée, où la noce devait se faire et dont l'hôte principal avait clos sa boutique pour transporter le repas sur la terrasse et la fête dans la cour et le jardin.
Cette terrasse, cette cour et ce jardin, ruisselants de soleil, teintés d'ombre, retentissaient de cris joyeux. Nous avons essayé de les peindre en montrant les vieillards buvant sur la terrasse, les jeunes gens dansant au son des tambours et de la guitare, les musiciens groupés, l'un assis, les autres debout sur les marches de la terrasse, le tout dominé par ce spectateur immobile et sombre accoudé sur le mur mitoyen, tandis que le paysan, couché sur sa charrette chargée de paille, prolonge dans des improvisations sans fin, ce chant lent et criard, particulier aux contadini des provinces napolitaines, et que poules, grives, merles et moineaux francs pillent gaiement les treilles courant de peuplier en peuplier, dans l'enclos qui, sous le nom de jardin, s'étend de la cour au pied de la montagne.
Et, maintenant que nous avons levé le rideau sur le passé, nos lecteurs comprennent pourquoi don Antonio, Francesca et surtout Peppino regardent de temps en temps avec inquiétude ce jeune homme qu'ils n'ont point le droit de chasser du mur mitoyen sur lequel il est accoudé, et de la douceur du tempérament duquel leur répond, sans pouvoir les rassurer tout à fait, le compère Giansimone, qui, depuis le jour mémorable où il a eu maille à partir avec lui, ne lui ayant jamais reparlé de quitter la maison, n'a jamais eu qu'à se louer de son caractère.
Onze heures et demie sonnèrent, juste au moment où l'une des tarentelles les plus animées venait de finir.
Le dernier vagissement du timbre était à peine éteint, qu'un bruit bien connu de don Antonio lui succéda: c'était celui des grelots des chevaux de poste, du roulement sourd et pesant d'une voiture et les cris de deux postillons appelant don Antonio d'une voix de basse qui eût fait honneur à un gran'cartello du théâtre Saint-Charles.
A ce triple bruit, le digne charron et toute l'honorable société comprirent que, selon son habitude, le chemin de Castellone à Itri avait fait des siennes et qu'il lui arrivait de la besogne qu'il partageait parfois avec le chirurgien de l'endroit, les voitures et les voyageurs rompant, la plupart du temps, les voitures leurs roues ou leurs essieux, et les voyageurs leurs bras ou leurs jambes du même coup.
Mais celui qui venait et pour lequel on réclamait les bons soins de don Antonio, par bonheur ne s'était rien rompu, et il réclamait le charron pour sa voiture sans avoir besoin de chirurgien pour lui.