—Tenez, dit Garat, voici la clef de ma malle; ouvrez-la et prenez-y du linge et des habits pour le comte de Ruvo; il est à peu près de ma taille, et puis, c'est ici le cas de le dire, à la guerre comme à la guerre!

—A Milan, vous trouverez Joubert; c'est à vous que je parle, Hector, écoutez-moi, reprit Championnet.

—Je ne perds pas un mot, mon général.

—A Milan, vous trouverez Joubert; vous lui direz qu'il s'arrange comme il voudra, mais qu'il me faut trois mille hommes, ou que Rome est perdue; qu'il les donne à Kellermann, s'il peut; c'est un excellent général de cavalerie, et c'est la cavalerie qui nous manque surtout; vous les ramènerez, Hector, et vous les dirigerez sur Civita-Castellana; c'est là probablement que nous nous retrouverons. Je n'ai pas besoin de vous recommander la diligence.

—Mon général, ce n'est point à un homme qui vient de faire soixante et dix lieues de montagnes en quarante-huit heures qu'il faut recommander cela.

—Vous avez raison.

—D'ailleurs, dit Garat, je me charge du citoyen Caraffa jusqu'à Milan; ma chaise de poste ne peut manquer d'arriver demain.

—Vous n'attendrez pas votre chaise de poste, mon cher ambassadeur; vous prendrez la mienne, dit Championnet. Dans les circonstances où nous sommes, il n'y a pas une minute à perdre. Macdonald, écrivez, je vous prie, en mon nom, à tous les chefs de corps qui tiennent Terracine, Piperno, Prossedi, Frosinone, Veroli, Tivoli, Ascoli, Fermo et Macerata, de ne faire aucune résistance, et, aussitôt qu'ils sauront que l'ennemi a passé la frontière, de se replier, en évitant tout engagement, sur Civita-Castellana.

—Comment! s'écria Garat, vous abandonnerez Rome aux Napolitains sans essayer de la défendre?

—Je l'abandonnerai, si je puis, sans tirer un coup de fusil; mais, soyez tranquille, ce ne sera point pour longtemps.