—Et il est mort?

—Oui, madame, il est mort.

—Et qu'avez-vous fait du cadavre?

—Ah! par ma foi, madame, une patrouille arrivait, et, comme, en me compromettant, je compromettais Votre Majesté, j'ai laissé à cette patrouille le soin de ramasser les morts et de faire panser les blessés.

—Alors, on va le reconnaître pour un officier français!

—A quoi? Voilà son manteau, voilà ses pistolets, voilà son sabre, que j'ai ramassés sur le champ de bataille. Ah! il en jouait bien, du sabre et du pistolet, je vous en réponds! Quant à ses papiers, il n'avait pas autre chose sur lui que ce portefeuille et ce chiffon, qui y est resté collé.

Et le sbire jetait sur la table un portefeuille en basane teint de sang; une espèce de chiffon de papier ressemblant à une lettre adhérait en effet au portefeuille, le sang séché l'y maintenait.

Le sbire les sépara l'un de l'autre avec une profonde insouciance et les jeta tous deux sur la table.

La reine allongea la main; mais sans doute hésitait-elle à toucher ce portefeuille ensanglanté; car, s'arrêtant à moitié chemin, elle demanda:

—Et son uniforme, qu'en as-tu fait?