—Quel malheur, s'écria celui-ci, que nous n'ayons point là une carte de nos États et des États romains, pour suivre les opérations du général sur cette carte. On dit que le citoyen Buonaparte a, dans son cabinet de la rue Chantereine, à Paris, une grande carte sur laquelle il désigne d'avance à ses secrétaires et à ses aides de camp les points sur lesquels il battra les généraux autrichiens; le baron nous eût désigné d'avance ceux sur lesquels il battra les généraux français. Tu feras faire pour le ministère de la guerre, et tu mettras à la disposition du baron Mack, une carte pareille à celle du citoyen Buonaparte, tu entends, Ariola?
—Inutile de prendre cette peine, sire, j'en ai une excellente.
—Aussi bonne que celle du citoyen Buonaparte? demanda le roi.
—Je le crois, répondit Mack d'un air satisfait.
—Où est-elle, général? reprit le roi, où est-elle? Je meurs d'envie de voir une carte sur laquelle on bat l'ennemi d'avance.
Mack donna à un huissier l'ordre de lui apporter son portefeuille, qu'il avait laissé dans la chambre voisine.
La reine, qui connaissait son auguste époux et qui n'était point dupe des compliments affectés qu'il faisait à son protégé, craignant que celui-ci ne s'aperçût qu'il servait de quintaine à l'humeur caustique du roi, objecta que ce n'était peut-être pas le moment de s'occuper de ce détail; mais Mack, ne voulant point perdre l'occasion de faire admirer par trois ou quatre généraux présents sa science stratégique, s'inclina en manière de respectueuse insistance, et la reine céda.
L'huissier apporta un grand portefeuille sur lequel étaient imprimés en or, d'un côté les armes de l'Autriche, et de l'autre côté le nom et les titres du général Mack.
Celui-ci en tira une grande carte des États romains avec leurs frontières, et l'étendit sur la table du conseil.
—Attention, mon ministre de la guerre! attention, messieurs mes généraux! dit le roi. Ne perdons pas un mot de ce que va nous dire le baron. Parlez, baron; on vous écoute.