Comment se faisait-il donc que Luisa, qu'en rentrant à deux heures du matin il avait trouvée couchée et dormant d'un si bon sommeil, comment se faisait-il que Luisa, toujours levée à sept heures, ne fût pas encore sortie de sa chambre à neuf heures, et qu'à toutes les questions du chevalier, Giovannina eût répondu:

—Madame dort et a prié qu'on ne la réveillât point.

Mais neuf heures un quart venaient de sonner, et le chevalier, cédant à son inquiétude, se préparait à aller lui-même frapper à la porte de Luisa, lorsque celle-ci parut sur le seuil de la salle à manger, les yeux un peu fatigués, le teint un peu pâle, mais plus ravissante peut-être sous ce nouvel aspect que le chevalier ne l'avait jamais vue.

Il allait à elle avec l'intention de la gronder à la fois et de ce sommeil si prolongé et de l'inquiétude qu'il lui avait causée; mais, lorsqu'il vit le doux sourire de la sérénité éclairer, comme un rayon matinal, sa charmante physionomie, il ne put que la regarder, sourire lui-même, prendre sa blonde tête entre ses deux mains, la baiser au front, en lui disant avec une galanterie mythologique qui, à cette époque, n'avait rien de suranné:

—Si la femme du vieux Tithon s'est fait attendre, c'était pour se déguiser en amante de Mars!

Une vive rougeur passa sur le visage de Luisa, elle appuya sa tête contre le coeur du chevalier, comme si elle eût voulu se réfugier dans sa poitrine.

—J'ai fait des rêves terribles cette nuit, mon ami, dit-elle, et cela m'a rendue un peu malade.

—Et ces rêves terribles, t'ont-ils, en même temps que le sommeil, enlevé l'appétit?

—J'en ai vraiment peur, dit Luisa en se mettant à table.

Elle fit un effort pour manger, mais c'était chose impossible: il lui semblait avoir la gorge serrée par une main de fer.