—Si c'est au général Championnet, monsieur le baron, répliqua le jeune homme, que cette lettre est adressée, je ne crois pas que Votre Excellence ait rien de pareil à craindre. J'ai entendu dire que c'était un des hommes les plus lettrés de l'armée française; je ne m'en tiens pas moins prêt à exécuter les ordres de Votre Excellence.

—Et c'est ce que vous avez de mieux à faire, répliqua Mack un peu blessé de l'observation du jeune homme, et en faisant un signe impératif de la tête.

Le major s'apprêta à écrire.

—Votre Majesté me laisse libre dans ma rédaction? demanda au roi le général Mack.

—Parfaitement, parfaitement, répondit le roi, attendu que, si j'écrivais moi-même à votre citoyen général, si lettré qu'il soit, je crois qu'il aurait de la peine à s'en tirer.

—Écrivez, monsieur, dit Mack.

Et il dicta la lettre ou plutôt l'ultimatum suivant, qui n'est rapporté dans aucune histoire, que nous copions sur le double officiel envoyé à la reine, et qui est un modèle d'impertinence et d'orgueil:

«Monsieur le général,

»Je vous déclare que l'armée sicilienne, que j'ai l'honneur de commander sous les ordres du roi en personne, vient de traverser la frontière pour se mettre en possession des États romains, révolutionnés et usurpés depuis la paix de Campo-Formio, révolution et usurpation qui n'ont point été reconnues par Sa Majesté Sicilienne, ni par son auguste allié l'empereur et roi; je demande donc que, sans le moindre délai, vous fassiez évacuer dans la république cisalpine les troupes françaises qui se trouvent dans les États romains, et que vous en fassiez autant de toutes les places qu'elles occupent. Les généraux commandant les diverses colonnes des troupes de Sa Majesté Sicilienne ont l'ordre le plus positif de ne point commencer les hostilités là où les troupes françaises se retireront sur ma signification, mais d'employer la force au cas où elles résisteraient.

»Je vous déclare, en outre, citoyen général, que je regarderai comme un acte d'hostilité que les troupes françaises mettent le pied sur le territoire du grand-duc de Toscane. J'attends votre réponse sans le moindre retard et vous prie de me renvoyer le major Reiscach, que je vous expédie, quatre heures après avoir reçu ma lettre. La réponse devra être positive et catégorique. Quant à la demande d'évacuer les États romains et de ne point mettre le pied dans le grand-duché de Toscane, une réponse négative sera considérée comme une déclaration de guerre de votre part, et Sa Majesté Sicilienne saura soutenir, l'épée à la main, les justes demandes que je vous adresse en son nom.