—C'est moi qui l'ai écrite.
—Vous avez une fort belle écriture, major.
—Mais c'est le général Mack qui l'a dictée.
—Le général Mack a un fort beau style.
—Mais comment se fait-il...? continua le jeune major entendant le canon qui continuait de tirer et la générale qui continuait de battre. Je ne vous ai entendu donner aucun ordre! vos tambours et vos canons m'ont-ils donc reconnu, ou sont-ils sorciers?
—Nos canons, surtout, auraient bon besoin de l'être, car vous savez ou vous ne savez pas que nous n'en avons que neuf; vous voyez que ce n'est pas trop pour répondre à votre parc d'artillerie de cent pièces. Une seconde côtelette, major?
—Volontiers, général.
—Non, mes canons ne tirent pas tout seuls et mes tambours ne battent pas d'eux-mêmes; j'avais déjà donné des ordres avant d'avoir eu l'honneur de vous voir.
—Alors, vous étiez prévenu de notre marche?
—Oh! j'ai un démon familier comme Socrate; je savais que le roi et le général Mack étaient partis, il y a six jours, c'est-à-dire lundi dernier, de San-Germano avec 30,000 hommes; Micheroux, d'Aquila, avec 12,000, et de Damas, de Sessa, avec 10,000;—sans compter le général Naselli et ses 8,000 hommes, qui, escortés par l'illustre amiral Nelson, doivent débarquer à cette heure à Livourne, afin de nous couper la retraite en Toscane. Oh! c'est un grand stratégiste que le général Mack, toute l'Europe sait cela; or, vous comprenez, comme je n'ai en tout que 12,000 hommes, dont le Directoire me prend 3,000 pour renforcer la garnison de Corfou... Et à propos, fit Championnet, Thiébaut, avez-vous donné l'ordre que ces 3,000 hommes se rendent à Ancône pour s'y embarquer?