Chaque fois que le docteur Cirillo venait,—et ses visites étaient de plus en plus rares,—Giovannina suivait sur son visage l'expression de joie que lui donnait l'amélioration toujours croissante de la santé du blessé, et, à chaque visite, elle désirait et craignait à la fois que le docteur n'annonçât la fin de sa convalescence.

La veille du jour où retentirent à la fois le bruit des cloches et celui du canon, le docteur Cirillo vint, et, avec un sourire rayonnant, après avoir écouté la respiration de Salvato, après avoir frappé plusieurs fois sur sa poitrine et reconnu que le son perdait peu à peu de sa matité, il avait dit ces paroles, qui avaient à la fois retenti dans deux coeurs, et même dans trois:

—Allons, allons, dans dix ou douze jours, notre malade pourra monter à cheval et aller porter lui-même de ses nouvelles au général Championnet.

Giovannina avait remarqué qu'à ces paroles, deux grosses larmes avaient monté aux paupières de Luisa, qui ne les avait retenues qu'avec effort et que le jeune homme était devenu fort pâle. Quant à elle, elle avait ressenti plus vif que jamais ce double sentiment de joie et de douleur, qu'elle avait déjà plus d'une fois éprouvé.

Sous prétexte de reconduire Cirillo, Luisa l'avait suivi lorsqu'il s'était retiré; Giovannina, de son côté, les avait suivis des yeux jusqu'à ce qu'ils eussent disparu; puis elle était allée à la fenêtre, son observatoire habituel. Cinq minutes après, elle avait vu le docteur sortir du jardin, et, comme la jeune femme ne rentrait pas immédiatement dans la chambre du blessé:

—Ah! dit-elle, elle pleure!

Au bout de dix minutes, Luisa rentra; Giovannina remarqua ses yeux rougis, malgré l'eau dont elle venait de les imbiber, et elle murmura:

—Elle a pleuré!

Salvato n'avait pas pleuré, lui; les larmes semblaient inconnues à cette figure de bronze; seulement, lorsque la San-Felice était sortie, sa tête était tombée sur sa main, et il était devenu aussi immobile et probablement aussi indifférent à tout ce qui l'entourait que s'il eût été changé en statue; c'était, au reste, l'état qui lui était habituel quand Luisa n'était point près de lui.

A sa rentrée, et même avant qu'elle fût rentrée, c'est-à-dire au bruit de ses pas, il leva la tête et sourit; de sorte que, cette fois comme toujours, la première chose que vit la jeune femme en rentrant dans la chambre, ce fut le sourire de l'homme qu'elle aimait.