—Vous pleurez! dit-il; avez-vous donc regret maintenant de m'avoir sauvé la vie?
—Non; mais j'ai honte de ce que vous a dit ce garçon; on l'appelle Michele le Fou, et, à coup sûr, il est bien nommé.
Puis, à la camériste:
—J'ai eu tort, Nina, de te gronder de ne point l'avoir laissé entrer; tu avais bien fait de lui refuser la porte.
—Ah! petite soeur! petite soeur! ce n'est pas bien, ce que tu fais là, dit le lazzarone, et, cette fois, tu ne parles pas avec ton coeur.
—Votre main, Luisa, votre main! dit le blessé d'une voix suppliante.
La jeune femme à bout de forces, brisée par tant de sensations différentes, appuya sa tête au dossier du fauteuil, ferma les yeux et laissa tomber sa main frissonnante dans la main du jeune homme.
Salvato la saisit avec avidité; Luisa poussa un soupir: ce soupir confirmait tout ce qu'avait dit le lazzarone.
Michele regardait cette scène à laquelle il ne comprenait rien, et qu'au contraire comprenait trop Giovannina debout, les mains crispées, l'oeil fixe, et pareille à la statue de la Jalousie.
—Eh bien, sois tranquille, mon garçon, dit Salvato d'une voix joyeuse, c'est moi qui te donnerai ton sabre de colonel; pas celui avec lequel j'ai houspillé les drôles qui m'attaquaient, ils me l'ont pris, mais un autre et qui vaudra celui-là.