—Eh bien? lui demanda-t-elle.
—Votre Majesté, répliqua Acton, m'interroge probablement à propos de la lettre?
—Sans doute! N'avez-vous pas reçu deux billets de moi qui vous priaient de faire l'expérience? Je me sens entourée de poignards et de complots, et j'ai hâte de voir clair dans toute cette affaire.
—Comme je l'avais promis à Votre Majesté, je suis arrivé à enlever le sang.
—La question n'était point là; il s'agissait de savoir si, en enlevant le sang, l'écriture persisterait... L'écriture a-t-elle persisté?
—D'une façon encore assez distincte pour que je puisse lire avec une loupe.
—Et vous l'avez lue?
—Oui, madame.
—C'était donc une opération bien difficile, que vous y avez mis un si long temps?
—Oserai-je faire observer à Votre Majesté que je n'avais point précisément que cela à faire; puis j'avoue qu'à cause même de l'importance que vous mettiez au succès de l'opération, j'ai beaucoup tâtonné; j'ai fait cinq ou six essais différents, non point sur la lettre elle-même, mais sur d'autres lettres que j'ai tenté de mettre dans des conditions pareilles. J'ai essayé de l'oxalate de potasse, de l'acide tartrique, de l'acide muriatique, et chacune de ces substances a enlevé l'encre avec le sang. Hier seulement, en songeant que le sang humain contenait, dans les conditions ordinaires, de 65 à 70 parties d'eau et qu'il ne se caillait que par la volatilisation de cette eau, j'ai eu l'idée d'exposer la lettre à la vapeur, afin de rendre au sang caillé une quantité d'eau suffisante à sa liquéfaction, et alors, en tamponnant le sang avec un mouchoir de batiste et en versant de l'eau sur la lettre disposée en pente, je suis arrivé à un résultat que j'eusse mis immédiatement sous les yeux de Votre Majesté, si je n'eusse su qu'au contraire des autres femmes, les moyens, pour elle qui n'est étrangère à aucune science, la préoccupent autant que le résultat.