»21 septembre 1798.
—Hum! fit la reine après avoir lu, savez-vous, général, que tout cela ne nous apprend pas grand'chose et que l'on croirait que la personne qui a écrit cette lettre avait deviné qu'elle serait lue par un autre que celui auquel elle était adressée? Oh! oh! la dame est une femme de précaution!
—Votre Majesté sait que, si l'on a un reproche à faire aux dames de la cour, ce n'est point celui d'une trop grande innocence; mais l'auteur de cette lettre n'a pas encore pris assez de précautions; car, ce soir même, nous saurons à quoi nous en tenir sur son compte.
—Comment cela?
—Votre Majesté a-t-elle eu la bonté de faire inviter, pour ce soir à Caserte, toutes les dames de la cour dont les noms de baptême commencent par un E, et qui ont eu l'honneur de lui faire cortége, lorsqu'elle a été au-devant de l'amiral Nelson?
—Oui, elles sont sept.
—Lesquelles, s'il vous plaît, madame?
—La princesse de Cariati, qui s'appelle Emilia; la comtesse de San-Marco, qui s'appelle Eleonora; la marquise San-Clemente, qui s'appelle Elena; la duchesse de Termoli, qui s'appelle Elisabetta; la duchesse de Tursi, qui s'appelle Elisa; la marquise d'Altavilla, qui s'appelle Eufrasia, et la comtesse de Policastro, qui s'appelle Eugenia. Je ne compte point lady Hamilton, qui s'appelle Emma; elle ne saurait être pour rien dans une pareille affaire. Donc, vous le voyez, nous avons sept personnes compromises.
—Oui; mais, sur ces sept personnes, répliqua Acton en riant, il y en a deux qui ne sont plus d'âge à signer des lettres par de simples initiales.
—C'est juste! Restent cinq. Après?