Puis, se retournant vers Acton, l'oeil dilaté:
—Est-il mort? demanda-t-elle du ton dont elle eût dit: «L'avez-vous tué?»
—Non, madame, répondit Acton, il n'est qu'évanoui.
La reine le regarda; son regard demandait une explication.
—Mon Dieu, madame, dit Acton, c'est la chose la plus simple du monde. J'ai envoyé, comme nous en sommes convenus, mon secrétaire prévenir le maître de poste de Capoue qu'il eût à dire au courrier Ferrari, à son passage, que le roi l'attendait à Caserte; il le lui a dit, Ferrari n'a pris que le temps de changer de cheval; seulement, en arrivant sous la grande porte du château, il a tourné trop court, gêné par les voitures de nos visiteurs; son cheval s'est abattu des quatre pieds, la tête du cavalier a porté contre une borne, on l'a ramassé évanoui, et je l'ai fait apporter ici en disant qu'il était inutile d'aller chercher un médecin et que je le soignerais moi-même.
—Mais, alors, dit la reine saisissant la pensée d'Acton, il n'est plus besoin d'essayer de le séduire, d'acheter son silence; nous n'avons plus à craindre qu'il ne parle, et, pourvu qu'il reste évanoui assez longtemps pour que nous puissions ouvrir la lettre, la lire et la recacheter, c'est tout ce qu'il faut; seulement, vous comprenez, Acton, il ne faut pas qu'il se réveille tandis que nous serons à l'oeuvre.
—J'y ai pourvu avant l'arrivée de Votre Majesté, ayant pensé à tout ce qu'elle pense.
—Et comment?
—J'ai fait prendre à ce malheureux vingt gouttes de laudanum de Sydenham.
—Vingt gouttes, dit la reine. Est-ce assez pour un homme habitué au vin et aux liqueurs fortes comme doit être ce courrier?