On a remarqué qu'il y avait à Naples recrudescence de vols pendant le mois de décembre.
Chaque famille napolitaine, si misérable qu'elle soit, doit avoir à son souper, pendant la nuit de Noël, au moins trois plats de poisson sur sa table.
Le lendemain de la Noël, un tiers de la population de Naples est malade d'indigestion, et trente mille personnes se font saigner.
A Naples, on se fait saigner à tout propos: on se fait saigner parce qu'on a eu chaud, parce qu'on a eu froid, parce qu'il a fait sirocco, parce qu'il a fait tramontane. J'ai un petit domestique de onze ans qui, sur dix francs que je lui donne par mois, en met sept à la loterie, fait une rente d'un sou par jour à un moine qui lui donne depuis trois ans des numéros dont pas un seul n'est sorti, et garde les trente autres sous pour se faire saigner.
De temps en temps, il entre dans mon cabinet et me dit gravement:
—Monsieur, j'ai besoin de me faire saigner.
Et il se fait saigner, comme si un coup de lancette dans la veine était la chose la plus récréative du monde.
De cinquante pas en cinquante pas, on rencontre à Naples et surtout à l'époque que nous essayons de peindre, on rencontrait des boutiques de barbiers, salassatori, lesquels, comme au temps de Figaro, tiennent le rasoir d'une main et la lancette de l'autre.
Pardon de la digression, mais la saignée est un trait des moeurs napolitaines que nous ne pouvions passer sous silence.
Revenons à la Noël et surtout à ce que nous allions dire à propos de Naples.