Et, sans même s'informer près du valet de pied si Ferrari s'était blessé ou avait été blessé, Ferdinand monta rapidement par un escalier dérobé et se trouva installé dans son cabinet avec Ruffo avant le courrier, qui, retardé par sa blessure, ne marchait que lentement, et était obligé de s'arrêter de dix pas en dix pas.
Quelques secondes après, la porte du cabinet s'ouvrit, et Antonio Ferrari, toujours soutenu par les deux hommes qui l'avaient aidé à monter l'escalier, apparaissait sur le seuil, pâle et la tête enveloppée d'une bandelette ensanglantée.
XLV
PONCE PILATE
En apercevant le roi, Ferrari écarta les deux hommes qui le soutenaient, et, comme si la présence de son maître eût suffi à lui rendre ses forces, il fit seul trois pas en avant, et, tandis que les deux hommes se retiraient et refermaient la porte derrière eux, il tira de sa poche la dépêche de la main droite, la présenta au roi, tandis qu'il portait, pour saluer militairement, la gauche à son front.
—Bon! dit pour tout remercîment le roi en prenant la dépêche, voilà mon imbécile qui s'est laissé tomber.
—Sire, répondit Ferrari, Votre Majesté sait qu'il n'y a pas, dans toutes les écuries du royaume, un cheval capable de me démonter; c'est mon cheval, et non pas moi, qui s'est laissé tomber, et, quand le cheval tombe, sire, il faut que le cavalier, fût-il roi, en fasse autant.
—Et où cela t'est-il arrivé? demanda Ferdinand.
—Dans la cour du château de Caserte, sire.
—Et que diable allais-tu faire dans la cour du château de Caserte?