—Ah! vous voilà, monsieur l'amiral, lui dit-il; il paraît que vous avez fort insisté pour me voir?

—C'est vrai, sire, répondit Caracciolo en s'inclinant; je croyais de toute urgence d'avoir l'honneur de pénétrer jusqu'à Votre Majesté.

—Oh! je sais ce qui vous amène, dit le roi.

—Tant mieux pour moi, sire, dit Caracciolo; dans ce cas, c'est une justice que le roi rend à ma fidélité.

—Oui, oui, vous venez me parler pour ce mauvais sujet de Nicolino, votre neveu, n'est-ce pas? qui s'est mis, à ce qu'il paraît, dans une méchante affaire, puisqu'il ne s'agit pas moins que de crime de haute trahison; mais je vous préviens que toute prière, même la vôtre, sera inutile, et que la justice aura, son cours.

Un sourire passa sur la figure austère de l'amiral.

—Votre Majesté est dans l'erreur, dit-il; au milieu des grandes catastrophes politiques, les petits accidents de famille disparaissent. Je ne sais point et ne veux point savoir ce qu'a fait mon neveu; s'il est innocent, son innocence ressortira de l'instruction du procès, comme est ressortie celle du chevalier de Medici, du duc de Canzano, de Mario Pagano et de tant de prévenus qu'après les avoir gardés trois ans, les prisons ont été obligées de rendre à la liberté; s'il est coupable, la justice aura son cours. Nicolino est de haute race; il aura le droit d'avoir la tête tranchée, et, Votre Majesté le sait, l'épée est une arme si noble, que, même aux mains du bourreau, elle ne déshonore pas ceux qui sont frappés par elle.

—Mais, alors, dit le roi un peu étonné de cette dignité si simple et si calme, dont sa nature, son tempérament, son caractère ne lui donnaient aucune notion instinctive; mais, alors, si vous ne venez point me parler de votre neveu, de quoi venez-vous donc me parler?

—Je viens vous parler de vous, sire, et du royaume.

—Ah! ah! fit le roi, vous venez me donner des conseils?