—Ce que vous avez à me dire, monsieur, peut-il se dire devant un témoin?
—Devant le monde entier, sire.
—Alors, dit le roi en se retournant vers le valet de pied, faites entrer. D'ailleurs, continua-t-il en s'adressant à Caracciolo, celui qui demande à entrer est un ami, plus qu'un ami, un allié: c'est l'illustre amiral Nelson.
En ce moment, la porte s'ouvrit et le valet de pied annonça solennellement:
—Lord Horace Nelson du Nil, baron de Bornhum-Thorpes, duc de Bronte!
Un léger sourire, qui n'était pas exempt d'amertume, effleura, à rémunération de tous ces titres, les lèvres de Caracciolo.
Nelson entra; il ignorait avec qui le roi se trouvait; il fixa son oeil gris sur celui qui l'avait précédé dans le cabinet du roi et reconnut l'amiral Caracciolo.
—Je n'ai pas besoin de vous présenter l'un à l'autre, n'est-ce pas, messieurs? dit le roi. Vous vous connaissez.
—Depuis Toulon, oui, sire, dit Nelson.
—J'ai l'honneur de vous connaître depuis plus longtemps que cela, monsieur, répondit Caracciolo avec sa courtoisie ordinaire: je vous connais depuis le jour où, sur les côtes du Canada, vous avez, avec un brick, combattu contre quatre frégates françaises, et où vous leur avez échappé en faisant traverser à votre bâtiment une passe que, jusque-là, on croyait impraticable. C'était en 1786, je crois; il y a douze ans de cela.