De là le proverbe «Les brigands poussent avec les feuilles.»
Depuis qu'il existe un gouvernement à Naples, et j'ai consulté toutes les archives depuis 1503 jusqu'à nos jours, il y a des ordonnances contre les brigands, et, chose curieuse, les ordonnances des vice-rois espagnols sont exactement les mêmes que celles des gouverneurs italiens, attendu que les délits sont les mêmes. Vols avec effraction, vols à main armée sur la grande route, lettres de rançon avec menaces d'incendie, de mutilation, d'assassinat; assassinat, mutilation et incendie quand les billets n'ont point produit l'effet attendu.
En temps de révolution, le brigandage prend des proportions gigantesques: l'opinion politique devient un prétexte, le drapeau une excuse; le brigand est toujours du parti de la réaction, c'est-à-dire pour le trône et l'autel, attendu que le trône et l'autel acceptent seuls de tels alliés, tandis qu'au contraire les libéraux, les progressistes, les révolutionnaires les repoussent et les méprisent; les années fameuses dans les annales du brigandage sont les années de réaction politique: 1799, 1809, 1821, 1848, 1862, c'est-à-dire toutes les années où le pouvoir absolu, subissant un échec, a appelé le brigandage à son aide.
Le brigandage, dans ce cas, est d'autant plus inextirpable qu'il est soutenu par les autorités, qui, dans les autres temps, ont mission de l'empêcher. Les syndics, les adjoints, les capitaines de la garde nationale sont non-seulement manutengoli, c'est-à-dire soutiens des brigands, mais souvent brigands eux-mêmes.
En général, ce sont les prêtres et les moines qui soutiennent moralement le brigandage, ils en sont l'âme; les brigands, qui leur ont entendu prêcher la révolte, reçoivent d'eux, lorsqu'ils se sont révoltés, des médailles bénites qui doivent les rendre invulnérables; si par hasard, malgré la médaille, ils sont blessés, tués ou fusillés, la médaille, impuissante sur la terre, est une contre-marque infaillible du ciel, contre-marque pour laquelle saint Pierre a les plus grands égards; le brigand pris a le pied sur la première traverse de cette échelle de Jacob qui conduit droit au paradis; il baise la médaille et meurt héroïquement, convaincu qu'il est que la fusillade lui en fait monter les autres degrés.
Maintenant, d'où vient cette différence entre les individus et les masses? d'où vient que le soldat fuit parfois au premier coup de canon et que le bandit meurt en héros? Nous allons essayer de l'expliquer; car, sans cette explication, la suite de notre récit laisserait un certain trouble dans l'esprit de nos lecteurs; ils se demanderaient d'où vient cette opposition morale et physique entre les mêmes hommes réunis en masse ou combattant isolément.
Le voici:
Le courage collectif est la vertu des peuples libres.
Le courage individuel est la vertu des peuples qui ne sont qu'indépendants.
Presque tous les peuples des montagnes, les Suisses, les Corses, les Écossais, les Siciliens, les Monténégrins, les Albanais, les Drases, les Circassiens, peuvent se passer très-bien de la liberté, pourvu qu'on leur laisse l'indépendance.