—Le passage est trouvé, dit-il, et le serrurier se tient prêt à en ouvrir la porte sur l'ordre de Sa Majesté.

—Général, dit la reine, vous avez dans M. Richard un homme précieux et qu'un jour ou l'autre, je vous demanderai probablement.

—Ce jour-là, madame, répondit Acton, ses désirs les plus chers et les miens seront comblés. Qu'ordonne, en attendant, Votre Majesté?»

—Viens, dit la reine à Emma Lyonna: il y a des choses qu'il faut voir de ses propres yeux.

LXXI

LA LÉGENDE DU MONT CASSIN

Le même jour et à la même heure où la porte du passage secret s'ouvrait devant la reine, et où Emma Lyonna, selon la promesse qu'elle en avait faite, s'aventurait en héroïne de roman dans ce souterrain, précédée et éclairée par Richard, un jeune homme montait à cheval la rampe du mont Cassin, que, d'habitude, on ne monte qu'à pied ou à mulet.

Mais, soit qu'il eût toute confiance dans le pied de sa monture ou dans sa manière de la diriger, soit que, habitué au danger, le danger lui fût devenu indifférent, il était parti à cheval de San-Germano, et, malgré les observations qu'on avait pu lui faire sur son imprudence, déjà grande à la montée, mais qui serait plus grande encore à la descente, il avait pris le sentier pierreux qui conduit au couvent fondé par saint Benoît, et qui couronne la cime la plus élevée du monte Cassino.

Au-dessous de lui s'étendait la vallée, où se tord un instant, mais d'où s'échappe bientôt, pour se jeter à la mer, près de Gaete, le Garigliano, sur les bords duquel Gonzalve de Cordoue nous battit en 1503; et, par un retour étrange de fortune, il pouvait à mesure qu'il s'élevait, distinguer les bivacs de l'armée française, qui, après trois siècles, venait venger, en renversant la monarchie espagnole, la défaite de Bayard, presque aussi glorieuse pour lui qu'une victoire.

Tantôt à sa droite, tantôt à sa gauche, selon les zigzags que faisait le chemin, il avait la ville de San-Germano, surmontée de sa vieille forteresse en ruine, fondée sur l'antique Cassinum des Romains, et qui porta ce nom, ainsi que la ville qu'il dominait, jusqu'en 844, époque à laquelle Lothaire, premier roi d'Italie, s'étant établi dans le duché de Bénévent et dans la Calabre, après en avoir chassé les Sarrasins, fit présent à l'église du Sauveur d'un doigt de saint Germain, évêque de Capoue.