Enfin, loin de tous, à peine visible dans l'obscurité, se dessinait la silhouette de Dick, qui avait si habilement et si fidèlement, ce jour même, suivi les ordres de son maître et de la reine, qu'il pouvait aussi regarder un peu désormais comme sa maîtresse.
A l'entrée du roi, chacun se leva et se tourna de son côté; mais lui fit un signe de la main, afin que chacun restât à sa place.
—Ne vous dérangez point, dit-il, ne vous dérangez point, cela n'en vaut plus la peine.
Et il s'assit dans un fauteuil, près de la porte par laquelle il était entré, prenant entre ses genoux la tête de Jupiter.
A la voix de son père, le jeune prince Albert, qui, peu sympathique à la reine, demandait aux autres cet amour si nécessaire et si précieux aux enfants, qu'il cherchait vainement auprès de sa mère, se laissa glisser des genoux d'Emma et alla présenter au roi son front pâle et un peu maladif, noyé dans une forêt de cheveux blonds.
Le roi écarta les cheveux de l'enfant, le baisa au front, et, après l'avoir, pensif, gardé un instant appuyé contre sa poitrine, le renvoya à Emma Lyonna, que l'enfant appelait sa petite mère.
Il se faisait un silence lugubre dans cette salle sombre; ceux qui parlaient, parlaient bas.
C'était à dix heures et demie que le comte de Thurn, Allemand au service de Naples, mis avec le marquis de Nizza, qui commandait la flotte portugaise, sous les ordres de Nelson, devait, par la poterne et l'escalier du Colimaçon, pénétrer dans le palais. Le comte de Thurn avait, à cet effet, reçu une clef des appartements de la reine, qui, par une seule porte, solide, presque massive, communiquait avec cette sortie donnant sur le port militaire.
La pendule, au milieu du silence, sonna donc dix heures et demie.
Presque aussitôt, on entendit frapper à la porte de communication.