Le cardinal regarda le roi.

—Oh! vous allez voir, mon éminentissime; vous n'êtes pas au bout, je vous en réponds.

Le cardinal continua.

«Vous me dites, dans la lettre que vous me faites l'honneur de m'écrire pour m'annoncer vos victoires, que je n'ai plus, de mon côté, qu'à tenir ma promesse, comme vous avez tenu les vôtres; et vous me dites clairement que cette promesse que je vous ai faite était d'entrer en campagne aussitôt que vous seriez à Rome...»

—Vous vous rappelez parfaitement, n'est-ce pas, mon éminentissime, que l'empereur mon neveu avait pris cet engagement?

—Il me semble que c'est écrit en toutes lettres dans sa dépêche.

—D'ailleurs, continua le roi, qui, tandis que le cardinal lisait la première partie de la lettre de l'empereur, avait ouvert son portefeuille et y avait retrouvé la première missive, nous allons en juger: voici la lettre de mon cher neveu; nous la comparerons à celle-ci, et nous verrons bien qui, de lui ou de moi, a tort. Continuez, continuez.

Le cardinal, en effet, continua:

«Non-seulement je ne vous ai pas promis cela, mais je vous ai, au contraire, positivement écrit que je ne me mettrais en campagne qu'à l'arrivée du général Souvorov et de ses quarante mille Russes, c'est-à-dire vers le mois d'avril prochain...»

—Vous comprenez, mon éminentissime, reprit le roi, qu'un de nous deux est fou.