C'était aussi aux soins de don Roberto qu'était due la mise en état de cette chambre, ancienne salle de tribunal secret abandonnée en même temps que la salle de torture. Elle n'avait rien de particulier que son absence complète de communication avec le jour; tout son mobilier se composait d'une table couverte d'un tapis vert, éclairée par deux candélabres à cinq branches, et sur laquelle se trouvaient du papier, de l'encre et des plumes.
Un fauteuil tenait le milieu de cette table, et, de l'autre côté, avait en face de lui la sellette du prévenu; à côté de cette grande table, que l'on pouvait appeler la table d'honneur, et qui était évidemment réservée au juge, était une petite table destinée au greffier.
Au-dessus du juge était un grand crucifix taillé dans un tronc de chêne et qu'on eût dit sorti de l'âpre ciseau de Michel-Ange, tant sa rude physionomie laissait celui qui le regardait dans le doute s'il avait été mis là pour soutenir l'innocent ou effrayer le coupable.
Une lampe descendant du plafond éclairait cette terrible agonie, qui semblait, non pas celle de Jésus expirant avec le mot pardon sur la bouche, mais celle du mauvais larron, rendant son dernier soupir dans un dernier blasphème.
Le procureur fiscal avait jusque-là tout examiné en silence, et don Roberto, n'entendant point sortir de sa bouche l'éloge qu'il se croyait en droit d'espérer, attendait avec inquiétude une marque de satisfaction quelconque; cette marque de satisfaction, pour s'être fait attendre, n'en fut que plus flatteuse. Vanni fit hautement l'éloge de toute cette lugubre mise en scène, et promit au digne commandant que la reine serait informée du zèle qu'il avait déployé pour son service.
Encouragé par l'éloge d'un homme si expert en pareille matière, don Roberto exprima le timide désir que la reine vînt un jour visiter le château Saint-Elme et voir de ses propres yeux cette magnifique salle de tortures, bien autrement curieuse, à son avis, que le musée de Capodimonte; mais, quelque crédit que Vanni eût près de Sa Majesté, il n'osa promettre cette faveur royale au digne gouverneur, qui, en poussant un soupir de regret, fut forcé de s'en tenir à la certitude qu'un récit exact serait fait à la reine, et de la peine qu'il s'était donnée et du succès qu'il avait obtenu.
—Et maintenant, mon cher commandant, dit Vanni, remontez et envoyez-moi le prisonnier sans fers, mais sous bonne escorte; j'espère que l'aspect de cette salle l'amènera naturellement à des idées plus raisonnables que celles où il s'est égaré jusqu'ici. Il va sans dire, ajouta Vanni d'un air dégagé, que, si cela vous intéresse de voir donner la torture, vous pouvez, de votre personne, accompagner le prisonnier. Il sera peut-être intéressant, pour un homme d'intelligence comme vous, d'étudier la manière dont je dirigerai cette opération.
Don Roberto exprima au procureur fiscal, en termes chaleureux, sa reconnaissance de la permission qui lui était donnée et dont il déclara vouloir profiter avec bonheur. Et, saluant jusqu'à terre le procureur fiscal, il sortit pour obéir à l'ordre qu'il venait d'en recevoir.