—Continuez, continuez! vous voyez bien que le cardinal vous écoute.
—Avec la plus grande attention, sire.
—Le roi, que l'on savait à Rome, continua Pronio, revenait seul dans un cabriolet, accompagné d'un seul gentilhomme qui portait les habits du roi, tandis que le roi portait les habits de ce gentilhomme; c'était un événement.
—Et un fier! fit le roi.
—J'interrogeai les postillons de Fondi, et, de postillons en postillons, en remontant jusqu'à ceux d'Albano, les nôtres avaient appris qu'il y avait eu une grande bataille, que les Napolitains avaient été battus et que le roi,—comment dirai-je cela, sire? demanda en s'inclinant respectueusement l'abbé,—et que le roi...
—Fichait le camp... Ah! pardon, j'oubliais que vous êtes homme d'Église.
—Alors, j'ai été poursuivi de cette idée que, si les Napolitains étaient véritablement en fuite, ils courraient tout d'une traite jusqu'à Naples, et que, par conséquent, il n'y avait qu'un moyen d'arrêter les Français, qui, si on ne les arrêtait pas, y seraient sur leurs talons.
—Voyons le moyen, dit Ruffo.
—C'était de révolutionner les Abruzzes et la Terre de Labour, et, puisqu'il n'y a plus d'armée à leur opposer, de leur opposer un peuple.
Ruffo regarda Pronio.