—On n'a pas eu la peine de s'assurer de sa fidélité; Ferrari, ce qui valait mieux, a fait une chute, a perdu connaissance et a été transporté à la pharmacie.
—Par le secrétaire de M. Acton, nous savons cela.
—Là, de peur que son évanouissement ne fut trop court et qu'il ne revînt à lui au moment où l'on ne s'y attendrait pas, on a trouvé convenable de le prolonger à l'aide de quelques gouttes de laudanum.
—Qui vous a dit cela?
—Je n'ai eu besoin d'interroger personne. Qui ne veut pas être trompé ne doit s'en rapporter qu'à soi.
Le cardinal tira de sa poche une cuiller à café.
—Voici, dit il, la cuiller à l'aide de laquelle on les lui a introduites dans la bouche; il en reste une couche au fond de la cuiller, ce qui prouve que le blessé n'a pas bu le laudanum lui-même, vu qu'il eût enlevé cette couche avec ses lèvres, et l'odeur acre et persistante de l'opium indique, après plus d'un mois, à quelle substance appartenait cette couche.
Le roi regarda le cardinal avec cet étonnement naïf qu'il manifestait lorsqu'on lui démontrait une chose que seul il n'eût pas trouvée, parce qu'elle dépassait la portée de son intelligence.
—Et qui a fait cela? demanda-t-il.
—Sire, répondit le cardinal, je ne nomme personne; je dis: ON. Qui a fait cela? Je n'en sais rien. ON l'a fait. Voilà ce que je sais.