Ne sachant comment faire tenir ses lettres à Salvato, elle ne lui avait point écrit; mais elle avait reçu deux nouvelles lettres de lui.
Cet amour si ardent, cette joie si profonde qu'elle trouvait à chaque ligne dans les lettres du jeune homme lui brisait le coeur, lorsqu'elle songeait surtout à quel amer désappointement Salvato serait en proie quand, plein d'espérance et de sécurité, croyant trouver la fenêtre ouverte et Luisa dans la chambre où elle pleurait si douloureusement à cette heure, il trouverait Luisa absente et la fenêtre fermée.
Et pourtant, elle ne se repentait point de ce qu'elle avait promis ou plutôt offert: elle eût eu le choix, maintenant que l'heure du départ était arrivée, qu'elle eût agi comme elle avait fait.
Elle appela Giovannina.
Celle-ci accourut. Elle avait vu Michele à la cuisine et se doutait qu'il arrivait quelque chose d'extraordinaire.
--Nina, lui dit sa maîtresse, nous quittons Naples cette nuit. C'est vous que je charge du soin de réunir et de mettre dans des caisses les objets de mon usage habituel. Vous les connaissez aussi bien que moi, n'est-ce pas?
--Sans doute, je les connais, répondit la femme de chambre, et je ferai ce que madame m'ordonne; mais j'ai besoin que madame ait la bonté de m'éclairer sur un point.
--Lequel? Dites Nina, répliqua la San-Felice, un peu étonnée de la fermeté progressive avec laquelle la femme de chambre avait répondu à l'ordre qu'elle lui donnait.
--Mais sur ces paroles: «Nous quittons Naples;» madame a dit cela, je crois?
--Sans doute, je l'ai dit.