--C'est bien, dit Nicolino; mais ce n'est point encore cela.
--Je le sais bien, répondit l'artilleur; aussi, je vais essayer de faire mieux.
La pièce fut pointée une seconde fois avec plus d'attention encore que la première. L'artilleur étudia de quel côté soufflait le vent; il apprécia le faible changement de direction que ce souffle avait pu imposer au boulet, se releva, se baissa de nouveau, changea d'un centième de ligne le point de mire de sa pièce, approcha la mèche de la lumière: une détonation qui domina le tumulte se fit entendre, et la bannière, coupée par sa base, tomba.
Nicolino battit des mains et donna à l'artilleur, sans se douter de l'influence qu'allait avoir cet incident, les dix ducats qu'il lui avait promis.
En ce moment, la tête de la colonne de Salvato arrivait à l'Immacolatella. Salvato, comme toujours, marchait le premier. Il vit tomber la bannière, et, quoiqu'il eût reconnu que sa disparition était causée par un accident, il s'écria:
--On abaisse la bannière; le fort se rend. En avant, mes amis! en avant!
Et il s'élança au pas de course.
De leur côté, les défenseurs du fort, ne voyant plus le drapeau et croyant qu'on l'avait enlevé volontairement, crièrent à la trahison. Il en résulta un tumulte au milieu duquel la défense languit. Salvato profita de ce temps d'arrêt pour franchir au pas de course la strada del Piliere. Il lança ses sapeurs contre la porte du fort: un pétard la fit sauter. Il s'élança dans l'intérieur du Château-Neuf en criant:
--Suivez-moi!
Dix minutes après, le fort était pris, et son canon, balayant le largo del Castello et la descente du Géant, forçait les lazzaroni à se réfugier dans les rues qui donnent sur cette place et dans lesquelles la position des maisons les mettait à l'abri des boulets.