Les chanoines se trouvaient entre deux feux.

Si saint Janvier faisait son miracle, ils étaient compromis vis-à-vis de la cour.

S'il ne le faisait pas, ils s'exposaient à la colère du général français.

Ils trouvèrent un biais et répondirent que ce n'était point l'époque où saint Janvier avait l'habitude de faire son miracle, et qu'ils doutaient fort que l'illustre bienheureux consentît, même pour les Français, à changer sa date habituelle.

Salvato transmit, par Michele, la réponse des chanoines à Championnet.

Mais, à son tour, Championnet répondit que c'était l'affaire du saint et non la leur; qu'ils n'avaient point à préjuger des bonnes ou des mauvaises intentions de saint Janvier, et qu'il connaissait, lui, une certaine prière à laquelle il espérait que saint Janvier ne demeurerait pas insensible.

Les chanoines répondirent que, puisque Championnet le voulait absolument, ils exposeraient les ampoules, mais que, de leur côté, ils ne répondaient de rien.

A peine Championnet eut-il cette certitude, qu'il fit annoncer par toute la ville la nouvelle que les saintes ampoules seraient exposées le lendemain, et qu'à dix heures et demie précises du matin, la liquéfaction du précieux sang aurait lieu.

C'était une nouvelle étrange et tout à fait incroyable pour les Napolitains. Saint Janvier n'avait rien fait qui motivât de sa part une suspicion de partialité en faveur des Français. Depuis quelque temps, au contraire, il s'était montré capricieux jusqu'à la manie. Ainsi, au moment de son départ pour la campagne de Rome, le roi Ferdinand s'était personnellement présenté à la cathédrale pour demander à saint Janvier son secours et sa protection, et saint Janvier, malgré son instante prière, lui avait obstinément refusé la liquéfaction de son sang; ce qui avait fait prévoir une défaite à un grand nombre de personnes.

Or, si saint Janvier faisait pour les Français ce qu'il avait refusé au roi de Naples, c'est que saint Janvier avait changé d'opinion, c'est que saint Janvier s'était fait jacobin.