De temps en temps, la duchesse Fusco venait à son amie et lui donnait des nouvelles des progrès que faisaient les Français, mais, en même temps, avec une espèce d'orgueil national, lui disait la merveilleuse défense des lazzaroni.

Luisa répondait par un gémissement. Il lui semblait que chaque boulet, chaque balle, menaçait le coeur de Salvato. Cette lutte terrible serait-elle donc éternelle?

Pendant les événements du 21 et du 22, Luisa se coucha tout habillée sur le lit de Salvato. Plusieurs alertes furent causées par les lazzaroni: la réputation de patriotisme de la duchesse n'était pas sans danger. Luisa ne se préoccupait point de ce qui faisait l'inquiétude des autres: elle ne songeait qu'à Salvato, ne pensait qu'à Salvato.

Dans la matinée du troisième jour, la fusillade cessa, et l'on vint annoncer que les Français étaient vainqueurs sur tous les points, mais pas encore maîtres de la ville.

Qu'était-il arrivé après cette lutte acharnée? Salvato était-il mort ou vivant?

Le bruit du combat avait cessé tout à fait avec les trois derniers coups de canon du château Saint-Elme, tirés sur les pillards du palais royal.

Elle allait revoir ou Michele ou Salvato, s'il ne leur était point arrivé malheur;--Michele le premier sans doute, car Michele pouvait venir à toute heure du jour, trouver Luisa, tandis que Salvato, ignorant qu'elle fût seule, n'oserait jamais se présenter chez elle qu'à la nuit et par le chemin convenu.

Luisa se mit à la fenêtre, les yeux fixés sur Chiaïa: c'était de ce côté que devaient lui venir les nouvelles.

Les heures s'écoulaient. Elle apprit la reddition complète de la ville; elle entendit les cris de la foule qui accompagnait Championnet au tombeau de Virgile; elle sut l'annonce faite, pour le lendemain, de la liquéfaction du bienheureux sang de saint Janvier; mais toutes ces choses passèrent devant son intelligence comme des fantômes passent près du lit d'un homme endormi. Ce n'était rien de tout cela qu'elle attendait, qu'elle demandait, qu'elle espérait.

Laissons Luisa à sa fenêtre, rentrons dans la ville et assistons aux angoisses d'une autre âme, non moins troublée que la sienne.