Ainsi, les derniers mots de Luisa et les premiers mots de Salvato pouvaient se traduire ainsi

--Je l'aime toujours!

--Je l'adore plus que jamais!

Quoique le sentiment que Michele portait à Assunta n'eût pas atteint les proportions de l'amour que Salvato et Luisa avaient l'un pour l'autre, le jeune lazzarone pouvait mesurer les hauteurs auxquelles il n'atteignait point; et, dans l'effusion de sa reconnaissance, dans cette joie de vivre que la jeunesse éprouve à la suite d'un grand danger disparu, Michele s'était fait l'interprète des sentiments de Luisa avec plus de vérité et même d'éloquence qu'elle n'eût osé le faire elle-même, et, au nom de Luisa, sans en avoir été chargé par Luisa, il lui avait vingt fois répété,--chose que Salvato ne se lassait pas d'entendre,--il lui avait vingt fois répété que Luisa l'aimait.

C'était Michele à le dire et Salvato à l'écouter que tous deux passaient leur temps, tandis que, comme soeur Anne, Luisa regardait si elle ne voyait rien venir sur la route de Chiaïa.

XCV

LE VOEU DE MICHELE.

La nuit tomba lentement du ciel. Tant qu'elle eut l'espoir de distinguer quelque chose dans le crépuscule, Luisa tint ses regards à la fenêtre; seulement, son regard s'élevait de temps en temps vers le ciel, comme pour demander à Dieu s'il n'était pas là-haut, près de lui, celui qu'elle cherchait vainement sur la terre.

Vers huit heures, il lui sembla reconnaître dans les ténèbres un homme ayant la tournure de Michele. Cet homme s'arrêta à la porte du jardin; mais, avant qu'il eût eu le temps d'y frapper, Luisa avait crié:

«Michele!» et Michele avait répondu: «Petite soeur!»