Au nombre des prisonniers entassés sous le règne précédent dans les prisons de Gumes étaient Sosius, diacre de Misène, et Proculus, diacre de Pouzzoles. Pendant tout le temps qu'avait duré la persécution de 302, saint Janvier n'avait jamais manqué de leur apporter, au péril de sa vie, les secours de sa parole.
Relâchés provisoirement, les prisonniers chrétiens, qui croyaient toute persécution finie, rendaient grâce au Seigneur dans l'église de Pouzzoles, saint Janvier officiant et Sosius et Proculus l'aidant à l'oeuvre sainte, quand, tout à coup, la trompette se fit entendre, et un héraut à cheval et tout armé entra dans l'église et lut à haute voix un ancien décret de Dioclétien, que les nouveaux césars remettaient en vigueur.
Ce décret, fort curieux, qu'il soit vrai ou apocryphe, existe dans les archives de l'archevêché. Nous pouvons donc le mettre sous les yeux de nos lecteurs, où nous avons déjà mis quelques pièces historiques ne manquant point d'un certain intérêt.
Le voici:
«Dioclétien, trois fois grand, toujours juste, empereur éternel, à tous les préfets et proconsuls de l'empire romain, salut!
»Un bruit qui ne nous a point médiocrement déplu étant parvenu à nos oreilles divines, c'est-à-dire que l'hérésie de ceux qui s'appellent chrétiens, hérésie de la plus grande impiété, reprend de nouvelles forces; que lesdits chrétiens honorent comme Dieu ce Jésus enfanté par je ne sais quelle femme juive, insultent par des injures et des malédictions le grand Apollon, et Mercure, et Hercule, et Jupiter lui-même, tandis qu'ils vénèrent ce même Christ, que les Juifs ont cloué sur une croix comme sorcier;
«A cet effet, nous ordonnons que tous les chrétiens, hommes et femmes, dans toutes les villes et contrées, subissent les supplices les plus cruels, s'ils refusent de sacrifier à nos dieux et d'abjurer leur erreur. Si cependant quelques-uns se montrent obéissants, nous voulons bien leur accorder leur pardon. Au cas contraire, nous exigeons qu'ils soient frappés par le glaive et punis par la mort la plus dure (pessimo morte.) Sachez, enfin, que, si vous négligez nos divins décrets nous vous punirons des mêmes peines dont nous menaçons les coupables.»
Dans la suite de cette histoire, nous aurons, pour faire pendant à celui-ci, à citer un ou deux décrets du roi Ferdinand. On pourra les comparer à ceux de Dioclétien, et l'on verra qu'ils se ressemblent beaucoup. Seulement, ceux de l'empereur romain sont mieux rédigés.
Comme on le comprend bien, ni saint Janvier ni les deux diacres ne se soumirent à ce décret. Saint Janvier continua de dire la messe, les deux diacres de la servir; si bien qu'un beau matin, ils furent arrêtés tous trois dans l'exercice de leurs fonctions.
Inutile de dire que ceux qui assistaient à la messe furent arrêtés avec eux; plus inutile encore de dire que les prisonniers ne se laissèrent point intimider par les menaces du proconsul, nommé Timothée, et confessèrent obstinément le Christ.