Le torrent aboutit à l'église Sainte-Claire, où tout s'engouffra. Les cent vingt hommes de Salvato formaient une haie allant du portail au choeur, et lui-même était à l'entrée de la nef, son sabre à la main.

Voici le spectacle que présentait l'église encombrée:

Sur le maître-autel était, d'un côté, le buste de saint Janvier; de l'autre, la fiole contenant le sang.

Un chanoine était de garde devant l'autel; l'archevêque, qui n'a rien à faire avec le miracle, s'était retiré sous son dais.

A droite et à gauche de l'autel était une tribune, de manière qu'entre ces deux tribunes se trouvait l'autel: la tribune de gauche chargée de musiciens attendant, leurs instruments à la main, que le miracle se fit pour le célébrer; la tribune de droite encombrée de vieilles femmes s'intitulant parentes de saint Janvier, venant là, d'habitude, pour activer le miracle par leurs accointances avec le saint, et venues, cette fois, pour l'empêcher de se faire.

Au haut des marches conduisant au choeur s'étendait une grande balustrade de cuivre doré, à l'ouverture de laquelle, nous l'avons dit, se tenait Salvato, le sabre à la main.

Devant cette balustrade, c'est-à-dire à sa droite et à sa gauche, venaient s'agenouiller les fidèles.

Le chanoine, debout devant l'autel, prenait alors la fiole et la leur faisait baiser, montrant à tous le sang parfaitement coagulé; puis les fidèles, satisfaits, se retiraient pour faire place à d'autres. Cette adoration du bienheureux sang avait commencé à huit heures et demie du matin.

Le saint, qui a ordinairement un jour, deux jours et même trois jours pour faire son miracle, et qui quelquefois, au bout de trois jours, ne l'a pas fait, avait deux heures et demie pour le faire.

Le peuple était convaincu que le miracle ne se ferait pas, et les lazzaroni, en se comptant et en voyant le peu de Français qu'il y avait dans l'église, se promettaient si, à dix heures et demie sonnantes, le miracle n'était pas fait, d'avoir bon marché d'eux.