--Eh bien, dit Michele, vous pouvez vous vanter d'avoir épousé une sainte, vous!

--Michele!... fit Luisa.

--Je sais ce que je dis. Et vous partez, vous partez ce soir! Madonna! moi, je voudrais bien être quelqu'un: je partirais aussi avec vous.

--Viens, Michele! viens! s'écria Luisa, qui voyait dans Michele un ami auquel elle pourrait parler de Salvato.

--Par malheur, c'est impossible, petite soeur; chacun a son devoir. Le tien veut que tu partes, et le mien m'ordonne de rester. Je suis capitaine et chef du peuple, et ce n'est pas seulement pour faire le moulinet autour de la tête du beccaïo que j'ai un sabre au côté: c'est pour me battre, c'est pour défendre Naples, c'est pour tuer le plus de Français que je pourrai.

Luisa ne put réprimer un mouvement.

--Oh! sois tranquille, petite soeur, reprit Michele en riant, je ne les tuerai pas tous.

--Eh bien, pour en finir, continua le chevalier, nous nous embarquons ce soir à la Vittoria, pour rejoindre la frégate de l'amiral Caracciolo, derrière le château de l'Oeuf. Je voulais te prier de ne pas quitter ta soeur et, au besoin, de faire pour elle, au moment de l'embarquement, ce que tu as fait, il y a deux heures, pour moi, c'est-à-dire de la protéger.

--Oh! sous ce rapport-là, vous pouvez être tranquille, chevalier. Pour vous, je me ferais tuer; mais, pour elle, je me ferais hacher en morceaux. Mais, c'est égal, si le peuple savait cela, il y aurait une fière émeute.

--Ainsi, dit le chevalier se levant de table, j'ai ta parole, Michele: tu ne quittes Luisa que quand elle sera dans la barque.