--Mais comment, pourquoi égorge-t-on un malheureux aux cris de «Mort aux jacobins!» quand, au contraire, ce malheureux est un des plus fidèles serviteurs du roi?

--Comment? pourquoi? Avez-vous lu la correspondance de Machiavel, représentant de la magnifique république florentine à Bologne?

--Certainement que je l'ai lue, monseigneur.

--Eh bien, alors, vous connaissez la réponse qu'il fit aux magistrats florentins à propos du meurtre de Ramiro d'Orco, dont on avait trouvé les quatre quartiers empalés sur quatre pieux, aux quatre coins de la place d'Imola?

--Ramiro d'Orco était Florentin?

--Oui, et, en cette qualité, le sénat de Florence croyait avoir droit de demander à son ambassadeur des détails sur cette mort étrange.

San-Felice interrogea sa mémoire.

--Machiavel répondit: «Magnifiques seigneurs, je n'ai rien à vous dire sur la mort de Ramiro d'Orco, sinon que César Borgia est le prince qui sait le mieux faire et défaire les hommes, selon leurs mérites.»

--Eh bien, répliqua le duc de Calabre avec un pâle sourire, remontez sur votre échelle, mon cher chevalier, et pesez-y la réponse de Machiavel.

Le chevalier remonta sur son échelle, et il n'en avait pas gravi les trois premiers échelons, qu'il avait compris qu'une main qui avait intérêt à la mort de Ferrari, avait dirigé les coups qui venaient de le frapper.