--Eh bien, alors, dit le roi, si vous avez quelque chose à demander, demandez-le à la reine et non à moi.

--Sire, je me suis, en effet, adressé à la reine.

--Bon! dit le roi, qui voyait combien son refus était approuvé par tous les assistants et qui, reconquérant un peu de sa popularité par l'acte d'ingratitude qu'il faisait, au lieu d'abréger la conversation, cherchait à la prolonger; eh bien?

--La reine a refusé de me recevoir, sire.

--C'est désagréable pour vous, mon pauvre marquis; mais, comme je n'approuvais pas la reine quand elle vous recevait, je ne puis la désapprouver quand elle ne vous reçoit pas.

--Sire! s'écria Vanni avec l'accent d'un naufragé qui sent glisser entre ses bras l'épave à laquelle il s'était cramponné, et sur laquelle il fondait son salut; sire! vous savez bien qu'après les soins que j'ai rendus à votre gouvernement, je ne puis rester à Naples... Me refuser l'asile que je vous demande sur un des bâtiments de la flotte anglaise, c'est me condamner à mort: les jacobins me pendront!

--Et avouez, dit le roi, que vous l'aurez bien mérité!

--Oh! sire! sire! il manquait à mon malheur l'abandon de Votre Majesté!

--Ma Majesté, mon cher marquis, n'est pas plus puissante ici qu'à Naples. La vraie Majesté, vous le savez bien, c'est la reine. C'est la reine qui règne. Moi, je chasse et je m'amuse,--pas dans ce moment-ci, je vous prie de le croire; c'est la reine qui a fait venir M. Mack et qui l'a nommé général en chef; c'est la reine qui fait la guerre; c'est la reine qui veut aller en Sicile. Chacun sait que, moi, je voulais rester à Naples. Arrangez-vous avec la reine; mais je ne puis m'occuper de vous.

Vanni prit, d'un geste désespéré, sa tête entre ses mains.