--Que vient faire à mon bord ce misérable? demanda Caracciolo en fronçant le sourcil.

Puis, se rappelant tout à coup que Vanni était l'homme de la reine:

--Pardon, Altesse, dit-il en riant, vous savez que les marins et les juges ne portent pas le même uniforme; peut-être un préjugé me rend-il injuste.

--Il ne s'agit point ici de préjugé, mon cher amiral, répondit le prince François: il s'agit de conscience. Je comprends tout. Vanni a peur de rester à Naples, Vanni veut fuir avec nous. Il a été demander au roi de le recevoir sur le Van-Guard: le roi ayant refusé, le malheureux vient à nous.

--Et quel est l'avis de Votre Altesse à l'endroit de cet homme? demanda Caracciolo.

--S'il vient avec un ordre écrit de mon père, mon cher amiral, comme nous devons obéissance à mon père, recevons-le; mais, s'il n'est point porteur d'un ordre écrit bien en règle, vous êtes maître suprême à votre bord, amiral, vous ferez ce que vous voudrez. Viens, San-Felice.

Et le prince descendit dans la cabine de l'amiral, que celui-ci lui avait cédée, entraînant derrière lui son secrétaire.

La barque s'approchait. L'amiral fit descendre un matelot sur le dernier degré de l'escalier, au haut duquel il se tint les bras croisés.

--Ohé! de la barque! cria le matelot, qui vive?

--Ami, répondit Vanni.