»En conséquence, tout militaire ou tout individu qui y troublera l'ordre et qui s'éloignera de la décence, qui doit être la première loi des lieux publics, soit par une approbation ou une désapprobation immodérée envers les acteurs, et finalement interrompra la représentation de quelque manière que ce soit, sera immédiatement arrêté et conduit par la garde du buon governo, à la maison du commandant de place, pour y être puni selon la gravité de la faute qu'il aura commise.

»Tout militaire ou tout individu qui, malgré les lois rendues et les ordres donnés par le général en chef de respecter les personnes et la propriété, prétendra s'approprier une place qui n'est point la sienne,--et cela arrive tous les jours,--sera également conduit au commandant de place.

»Tout militaire ou tout individu qui, contre le bon ordre et l'usage des théâtres, essayera de forcer la sentinelle pour entrer sur la scène ou dans les loges des acteurs, sera arrêté et de même conduit au commandant de place.

»L'officier de garde et l'adjudant-major de la place sont chargés de veiller à l'exécution du présent règlement, et ceux qui, en cas de trouble, n'en feraient pas arrêter les auteurs, seront considérés et punis comme perturbateurs eux-mêmes.»

Ce règlement achevé, le général Dufresse fit signe à Championnet, qui lisait un papier à la lueur d'un candélabre, que son rapport était fini et qu'il désirait le lui communiquer. Championnet interrompit sa lecture, vint à Dufresse, écouta son rapport et l'approuva en tout point.

Fort de cette approbation, Dufresse le signa.

Alors, Championnet pria qu'on voulût bien l'écouter un instant, invita Velasco et Nicolino Caracciolo, ces deux hommes politiques qui avaient quarante-trois ans à eux deux, et qui, tandis que les personnages graves s'occupaient de l'éducation des peuples, s'occupaient, eux, de celle du perroquet de la duchesse Fusco, pria, disons-nous, Velasco et Nicolino de faire silence.

La chose ne fut pas difficile à obtenir. Par sa douceur, sa fermeté, son respect des moeurs, son amour de l'art, Championnet avait conquis les sympathies de toutes les classes, et, dans Naples, la ville ingrate par excellence, aujourd'hui encore, un certain écho affaibli par le temps, mais perceptible cependant, apporte aux contemporains son nom à travers cinq générations et les deux tiers d'un siècle.

Championnet se rapprocha de la cheminée, se replaça dans le rayon de lumière projeté par le candélabre, déplia le papier qu'il était en train de lire, lorsque Dufresse l'avait interrompu, et, de sa voix douce et sonore à la fois, en excellent italien:

--Mesdames et messieurs, dit-il, je vous demande la permission de vous lire le premier article du Moniteur parthénopéen, qui paraît demain samedi, 6 février 1799, vieux style,--et je me sers du vieux style, parce que je ne vous crois pas encore parfaitement habitués au nouveau; sans quoi, je dirais samedi 18 pluviôse. Ce sont les épreuves de cet article que je reçois à l'instant même de l'imprimerie. Voulez-vous l'entendre, et, comme il doit être en quelques mots l'expression de l'opinion de tous, faire vos observations, si vous avez des observations à faire?