--Oh! mon ami, dit-elle pourquoi ne nous est-il point donné de vivre ainsi, loin des troubles politiques, loin des révolutions, loin des conspirateurs! Quelles délices ce serait, une pareille vie! Dieu ne le veut pas; soumettons-nous à Dieu!
Luisa poussa un soupir et passa sa main sur ses yeux; puis:
--C'est ce que tu as dit, mon ami, continua-t-elle. Oh! pourquoi cet homme m'a-t-il fait cette confidence? Ne valait-il pas mieux que nous mourussions ensemble?
--Explique-toi, ma bien-aimée.
--Une conspiration contre-révolutionnaire doit éclater dans la nuit de jeudi à vendredi: tous les Français, tous les patriotes dont les maisons seront marquées dans la soirée, doivent être massacrés pendant la nuit, à l'exception de ceux qui pourront présenter cette carte et faire ce signe de reconnaissance.
Et Luisa montra à Salvato la carte fleurdelisée et fit le signe indiqué par André Backer.
--Une carte avec une fleur de lis, répéta Salvato, se mordre la première phalange du pouce. (Tels étaient, on s'en souvient, les signes de salut.) Les malheureux! qu'on veut arracher à l'esclavage et qui veulent être esclaves à tout prix!
--Eh bien, maintenant que je t'ai tout raconté, dit Luisa se laissant glisser aux genoux du jeune homme, que faut-il faire? Réfléchis et conseille-moi.
--Il est inutile de réfléchir, ma Luisa bien-aimée. Il faut répondre à la loyauté par la loyauté. Cet homme a voulu te sauver.
--Et toi aussi; car il sait tout, ta blessure, les soins que j'ai pris de toi, ton séjour de six semaines chez la duchesse; il sait notre mutuel amour, et il m'a dit: «Sauvez-le avec vous.»