Le chef de la conspiration, Luisa l'avouait elle-même à Salvato, c'était le jeune homme qui l'avait attendue jusqu'à deux heures du matin, qui n'était sorti de chez elle qu'à trois, et Giovannina avait dit à Michele, répondant à cette question du jeune lazzarone: «Qu'a donc Luisa, ce matin? Est-ce que, depuis que je suis devenu raisonnable, elle deviendrait folle, par hasard?» Giovannina avait dit, ne comprenant pas la terrible importance de sa réponse: «Je ne sais; mais elle est ainsi depuis la visite que lui a faite, cette nuit, M. André Backer.»
Donc, c'était M. André Backer, le banquier du roi, ce beau jeune homme si follement épris de Luisa, qui était le chef de la conspiration.
Maintenant, quel était le but de cette conspiration?
D'égorger dans une nuit les six ou huit mille Français qui occupaient Naples et, avec eux, tous leurs partisans.
Michele, à ce projet de nouvelles Vêpres siciliennes, s'était senti frémir dans son beau costume.
Il était un partisan des Français, lui, et un des plus chauds: il serait donc égorgé un des premiers, ou plutôt pendu, puisqu'il était déjà colonel.
Si la prédiction de Nanno devait se réaliser, Michele tenait au moins à ce que ce fût le plus tard possible.
Le délai qui lui était donné du jeudi matin à la nuit du vendredi ne lui paraissait point assez long.
Il lui sembla donc qu'en vertu de ce proverbe: «Il vaut mieux tuer le diable que le diable ne nous tue», il n'avait pas de temps à perdre pour se mettre en défense contre le diable.
Cela lui était d'autant plus facile, que sa conscience, à lui, n'était nullement agitée par les doutes qui bouleversaient celle de sa soeur de lait. On ne lui avait fait aucune confidence, il n'avait fait aucun serment.